J’avais passé la semaine à lire, cloîtrée dans ma carcasse, à demi assommée par les mots dont je ne savais que faire ; et mon corps, comme un mot de plus, était las, debout et inutile. Je me trouvai donc un vendredi soir allongée dans une solitude que dérangeait seulement la respiration de celui qui, à côté de moi, dormait sans encombre. Je songeai soudain à sortir de cette léthargie, envisageant une fois de plus d’aller trouver ailleurs ce qui manquait ici. J’appelai l’Aventure et les pays lointains.

Outre le voyage, tout ce que je désirais en cet instant était un verre de bloody mary ; et je n’avais pas le courage de sorti du lit pour concocter le fameux breuvage. Merde alors! criai-je intérieurement. Je rêve de partir loin et je ne suis même pas foutue de me lever pour boire! L’Aventure était à deux pas, dans mon frigo. Je réussi à me glisser hors des draps et à attraper un verre. Foutue Marie! pestai-je.

Le rouge sanglant de la tomate me rappela à l’ordre et je terminai la préparation par un soupçon de sel de céleri. Je sifflai le contenu du verre, enfilai un manteau et sortit dans la nuit.